Horaires de prière près de moi : pourquoi ceux de votre ville ne sont pas les vôtres
Chercher la ville la plus proche est un réflexe raisonnable. C’est aussi ainsi qu’on finit par prier selon un calendrier calculé pour un endroit où l’on n’est pas.
Une ville est un point, pas une surface
Tout calendrier de ville publié est calculé pour un seul jeu de coordonnées — en général le centre historique. Cela convient si vous y habitez. Le Grand Paris fait une quarantaine de kilomètres de large, soit environ deux minutes entre ses bords est et ouest : assez peu pour être négligé.
La distance entre villes est une autre affaire. Un degré de longitude vaut quatre minutes de temps solaire. Paris est à 2,4° est, Strasbourg à 7,8° — cinq degrés et demi d’écart, sur la même heure nationale, soit près de vingt-deux minutes sur chaque prière. Un calendrier parisien n’est pas une approximation pour Strasbourg : c’est une mauvaise réponse.
La longitude déplace l’heure, la latitude déplace la saison
On confond souvent les deux, alors qu’elles se comportent tout autrement. Se déplacer vers l’est ou l’ouest décale toutes les prières du même montant, toute l’année : un décalage constant. Se déplacer vers le nord ou le sud ne change presque rien aux horaires du jour, mais change leur amplitude entre l’été et l’hiver.
C’est pourquoi deux villes peuvent coïncider parfaitement en mars et se retrouver à une demi-heure d’écart en juin. C’est aussi pourquoi un calendrier de mosquée venu d’une ville à votre longitude mais à une autre latitude sera juste quelques semaines, puis discrètement faux.
L’horizon devant vous n’est pas celui du calcul
Les calculs de lever et de coucher supposent un horizon plat au niveau de la mer. Presque personne n’en a un. S’il y a des collines à l’est, le soleil que vous voyez réellement les franchit plus tard que ne le dit le calcul. Au vingtième étage, vous le voyez se coucher plus tard qu’au pied du même immeuble.
Ce n’est pas une erreur de calcul, c’est l’écart entre l’horizon géométrique et l’horizon visible. Il compte surtout pour le Maghrib, où quelques minutes séparent une rupture du jeûne trop tôt d’une rupture à l’heure.
Calculé sur l’appareil, ou demandé à un serveur
La plupart des applications envoient vos coordonnées à un serveur et reçoivent les horaires en retour. Cela fonctionne — et cela signifie aussi que votre position, la chose la plus sensible que votre téléphone sache de vous, quitte l’appareil plusieurs fois par jour, vers une entreprise que vous n’avez jamais rencontrée.
L’arithmétique n’a rien de redoutable. La position du soleil pour une heure et un lieu donnés est un problème résolu, et un téléphone d’il y a dix ans la calcule en millisecondes. Une application qui calcule en local n’a besoin d’aucun réseau, fonctionne dans un sous-sol ou dans un avion, et n’a rien à envoyer nulle part.
Ce qu’elle ne peut pas faire, c’est vous dire ce que votre mosquée a imprimé. Là où un calendrier local existe, c’est celui-là qu’il faut suivre ; un calcul sert pour les jours où vous êtes ailleurs.